« Arme secrète » des rétrovirus à l’origine de cancers

COMMUNIQUÉ DE PRESSE   9 FÉVRIER 2010

Les rétrovirus oncogéniques constituent une famille particulière de virus à l’origine de certains cancers. Thierry Heidmann et ses collègues, du laboratoire CNRS – Institut Gustave Roussy – Université Paris-Sud 11 « Rétrovirus endogènes et éléments rétroïdes des eucaryotes supérieurs » ont  travaillé sur ces virus. Ils ont identifié un « facteur de virulence » qui inhibe la réponse immunitaire de l’hôte et qui permet au virus de se propager dans l’organisme. Ce facteur est une séquence d’acides aminés, située dans la protéine d’enveloppe du virus. Les chercheurs ont également montré qu’une fois mutée pour perdre sa capacité immunosuppressive, la protéine d’enveloppe pourrait servir de base à la mise au point de vaccins.  Ces travaux sont à paraître dans les Proceedings of the National Academy of Sciences USA (parution en ligne cette semaine).

Les rétrovirus sont des virus dont le génome est constitué d'ARN. Ils ont la particularité de posséder une enzyme qui permet de  synthétiser, à partir de cet ARN viral, une molécule d'ADN capable de s'intégrer dans l'ADN de la cellule hôte. Ils utilisent ensuite la machinerie cellulaire pour se répliquer. Le VIH notamment est un rétrovirus. Les rétrovirus oncogéniques sont des virus qui sont à l’origine de cancers. On connaît de nombreux rétrovirus oncogéniques associés à des pathologies animales. Chez l’homme deux retrovirus, nommés HTLV et XMRV, ont été associés à un type de leucémie et au cancer de la prostate.

Les chercheurs du laboratoire Rétrovirus endogènes et éléments rétroïdes des eucaryotes supérieurs , dirigé par Thierry Heidmann, directeur de recherche CNRS à l’Institut Gustave Roussy, ont travaillé sur la capacité qu’ont les rétrovirus à se propager et à persister chez leurs hôtes, en échappant au système immunitaire. Ils ont étudié les bases moléculaires de ce processus, qu’ils ont montré être gouverné par la protéine d’enveloppe de ces virus. Cette protéine a d’abord un rôle « mécanique » essentiel : elle induit la fusion des particules virales avec la membrane de la cellule cible, leur permettant ainsi d’y pénétrer. En utilisant un modèle d’infection de la souris par un virus leucémogène murin, les chercheurs ont montré que cette protéine d’enveloppe a un second rôle, tout aussi indispensable à la propagation du virus dans l’organisme : elle est immunosuppressive, c’est-à-dire qu’elle inhibe la réponse immunitaire de l’hôte et ce, de manière radicale, avec un effet à la fois sur les réponses immunitaires « innée » et « adaptative ».

Les chercheurs ont réussi à localiser, dans la séquence d’acides aminés de la protéine d’enveloppe, le domaine responsable de cette propriété. Ce domaine, authentique facteur de virulence , est un élément central de l’arsenal dont disposent les rétrovirus pour envahir leur hôte et produire leur effet pathogène. Il devient une cible privilégiée dans la conception de nouvelles stratégies thérapeutiques antirétrovirales, y compris de vaccins. Les résultats obtenus par ces chercheurs permettent de s’engager sur cette piste. Ils ont réalisé des mutations ponctuelles ciblées de la protéine d’enveloppe permettant d’abroger sa capacité à inhiber le système immunitaire : comme on pouvait l’espérer, celui-ci réagit alors beaucoup plus efficacement qu’avec la protéine non mutée, produisant de nombreux anticorps et une immunité cellulaire antivirale. C’est en travaillant sur la base de cette protéine mutée que l’on devrait pouvoir élaborer de futurs vaccins.  En effet, après le modèle murin, les chercheurs ont montré que les rétrovirus HTLV et XMRV, associés à des pathologies humaines, possèdent tous les deux un domaine immunosuppresseur au sein de leur protéine d’enveloppe.

Référence : Schlecht-Louf, G., Renard, M., Mangeney, M., Letzelter, C., Richaud, A., Ducos, B., Bouallaga, I., and Heidmann, T. Retrovirus infection in vivo requires an immune escape virulence factor encrypted in the envelope protein of oncoretroviruses. Proc. Natl. Acad. Sci., 8 février 2010.

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