Première mondiale : une greffe de trachée artificielle autologue

En combinant les techniques de la chirurgie plastique et de la chirurgie thoracique, le Professeur Philippe Dartevelle (professeur de chirurgie thoracique et cardio-vasculaire à l’Université Paris-Sud et chef du département de chirurgie thoracique & vasculaire et transplantation cardio-pulmonaire au centre chirurgical Marie Lannelongue, au Plessis Robinson) et le Dr Frédéric Kolb (chef du service de chirurgie plastique et reconstructrice - département de chirurgie cervico-faciale à l’Institut de cancérologie Gustave Roussy à Villejuif) ont réalisé une véritable prouesse chirurgicale. 

Ils ont réalisé sur 7 patients une greffe de trachée artificielle autologue, c’est-à-dire le remplacement de la trachée détruite ou obstruée, par un nouveau tube identique à la trachée reconstruit avec les propres tissus du patient pour éviter le rejet.

 Deux patients qui ne pouvaient plus se nourrir avant l’intervention parce que leur œsophage communiquait avec la trachée et qu’un cancer de la thyroïde envahissait massivement cet œsophage, ont repris une alimentation normale par la bouche. En tout, cinq patients sur les sept greffés, tous atteints de cancers, sont actuellement vivants et mènent une vie normale.

Aujourd’hui un dernier obstacle perdure : l’absence de « cils » qui tapissent une trachée normale. Or ces cils jouent un rôle essentiel car ils permettent de faire remonter du mucus dans la gorge de manière à débarrasser la trachée des impuretés.  Cette déficience explique les infections respiratoires mortelles développées chez les deux autres patients. Des travaux menés au laboratoire de chirurgie expérimentale devraient permettre de résoudre cette imperfection en substituant à l’épithélium de la peau utilisé jusqu’à présent, un épithélium doté de cils provenant d’une culture de l’épithélium du nez et du pharynx.

Ces interventions constituent une avancée purement chirurgicale, qui ne nécessitent ni don d'organe, ni prothèse artificielle, et sans traitement couteux postérieur. Le succès de ces opération repose sur l’utilisation des propres tissus du malade, pour éviter le phénomène de rejet et sur l’utilisation de la peau du patient pour constituer un épithélium protecteur. Une vascularisation permanente et fonctionnelle est assurée grâce à l’utilisation de vaisseaux importants avant et après la greffe. En outre, l’idée de recréer une armature cartilagineuse à l’intérieur du morceau de peau pour mimer les anneaux d'une trachée permet de donner à la trachée ainsi reconstituée, la même mobilité et motricité que celle d'une trachée naturelle.

Alors que pour les patients dont la trachée était envahie (voire complètement obstruée) par un cancer, le décès à court terme était la seule issue, cette nouvelle technique va représenter un véritable espoir.