Colloque : Les résidus de médicaments dans l’eau

Depuis plusieurs années, la communauté scientifique et les pouvoirs publics s’interrogent sur la présence dans l’eau, à l’état de traces, de résidus de médicaments et leurs effets sur notre santé. Pour faire le point sur les études et recherches menées dans ce domaine en France, la Direction générale de la santé (DGS), l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA), l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS), l’Agence de l’eau Seine Normandie et l’Université Paris Sud 11 ont réuni le 1er octobre dernier des scientifiques ainsi que des acteurs de l'eau et du médicament lors d’un colloque intitulé :
« Résidus de médicaments dans l’eau : des molécules à surveiller ? des risques à évaluer ? ».

Une grande diversité de molécules

Depuis le siècle dernier, la pharmacie a découvert et développé de grandes familles de médicaments telles que des antibiotiques, des psychotropes (anxiolytiques, antidépresseurs …), des médicaments du système cardiovasculaire ou des anticancéreux. Plus de 3000 médicaments humains et 300 médicaments vétérinaires sont actuellement disponibles sur le marché français. Les médicaments sont des substances biologiquement actives qui se caractérisent par une grande diversité de structure chimique. Les propriétés physico-chimiques qui en résultent conditionnent leur métabolisation chez l’homme ou l’animal et leur persistance dans l’environnement. Les résidus de médicaments, lorsqu’ils ne sont pas totalement dégradés dans l’organisme, sont excrétés dans les selles et les urines sous leur forme initiale ou sous la forme d’un ou plusieurs métabolites.

L’impact environnemental des médicaments pris en compte dans les procédures d'autorisation de mise sur le marché

Dans le cadre de la directive européenne 2001/83/EC, l'AFSSAPS procède à une évaluation des risques environnementaux lors de l'instruction des dossiers d'autorisation de mise sur le marché et, en fonction des résultats, l'industriel peut être amené à définir des mesures de sécurité et de précaution lors de l'administration au patient et de l'élimination des déchets, pour limiter l'impact environnemental du médicament. En ce qui concerne les médicaments vétérinaires, cette évaluation est menée par l'Agence nationale du médicament vétérinaire et peut conduire au refus d'autorisation du médicament, si le risque écotoxicologique est estimé supérieur aux bénéfices attendus.

Les campagnes de mesures menées en France

Les réglementations européenne  et française relatives à la qualité des eaux ne prévoient pas de rechercher les médicaments dans les différents compartiments aquatiques. Des campagnes de mesures ont été menées par différents organismes.

Les résidus de médicaments humains se retrouvent non seulement dans les rejets des établissements de santé  mais aussi dans les effluents et les boues des stations d’épuration urbaines. Les zones d’élevages, d’épandage (lisiers ou fumiers)  ou d’aquaculture peuvent contribuer quant à elles à l’introduction directe dans le milieu naturel de médicaments vétérinaires.

Les concentrations dans le milieu récepteur varient selon la biodégradabilité des molécules et les performances des stations d'épuration. Certains résidus de médicaments ont été retrouvés dans les eaux souterraines, superficielles et les estuaires , à des concentrations pouvant varier du nanogramme par litre au microgramme par litre .

En ce qui concerne les eaux destinées à la consommation humaine, les filières de potabilisation "multibarrière" (succession de traitements comprenant notamment du charbon actif) éliminent la plupart de ces molécules.

Dans le cadre du « plan national santé environnement », la DGS a commandité, auprès des DRASS de Midi Pyrénées, Basse Normandie et Rhône Alpes, des campagnes de mesures de résidus de médicaments dans les eaux utilisées pour la production d'eau potable et dans les eaux potables. Celles-ci ont été réalisées en 2006 et 2007 en collaboration avec les Agences de l’Eau Seine Normandie et Adour Garonne. Elles ont porté sur 141 sites (majoritairement des eaux souterraines) et ont permis de rechercher 76 substances (29 hormones et  47 substances pharmaceutiques). Les résultats préliminaires corroborent ceux observés à l'étranger : une vingtaine de substances a été retrouvée dans les eaux potables au moins une fois à des concentrations variant de quelques nanogrammes à quelques centaines de nanogrammes par litre.

Les actions à privilégier

Les discussions du colloque ont fait émerger les actions prioritaires à mettre en œuvre :

  • poursuivre l'acquisition de données : les Agences de l’eau et l'ensemble des organismes de recherche vont poursuivre les études sur la connaissance des milieux aquatiques, non seulement en ce qui concerne les résidus de médicaments, mais aussi les autres micropolluants. La DGS a, en outre, confié à l'AFSSA la réalisation d'une nouvelle campagne nationale de mesures dans les eaux destinées à la consommation humaine sur la base d'une liste de médicaments humains et vétérinaires définie par l'AFSSA et l'AFSSAPS 
  • poursuivre la mise au point de méthodes de référence avec les professionnels du médicament : en effet, les techniques d’analyses, bien qu’elles se soient considérablement améliorées ces dernières années, se heurtent encore à quelques difficultés pour quantifier ces substances à des concentrations aussi faibles que le nanogramme par litre (méthodes d’analyses de certaines molécules non encore développées, performances variables, étalons de métabolites non disponibles …)
  • évaluer le risque sanitaire : c'est le rôle des agences nationales d'expertise sanitaire ; cette évaluation est particulièrement complexe notamment en raison des difficultés analytiques, des faibles doses rencontrées et des effets biologiques multiples.
  • améliorer les techniques de traitement des eaux résiduaires urbaines et des eaux destinées à la consommation humaine.
  • mettre en œuvre, dès à présent, les mesures préventives de gestion des résidus de médicaments le plus en amont possible dans le cycle de l’eau : améliorer la récupération des médicaments non utilisés, trier et traiter à la source les effluents des établissements de santé avant rejet dans le réseau d'assainissement, traiter les rejets d’élevage …
  • favoriser les coopérations pour promouvoir la connaissance et l’innovation : le ministère de la santé entend poursuivre son rôle d’animation et de fédération des différents acteurs sur ce sujet et plus particulièrement dans le domaine « eau et santé ».

Contacts presse :

Direction générale de la santé : 01 40 56 52 62
Agence de l’Eau Seine Normandie : 02 31 81 62 61
Université Paris Sud 11 : yves.levi @ u-psud.fr