Extrait de l'allocution de François Fillon

« J’ai choisi de me rendre dans l’un de nos laboratoires les plus prestigieux car les Français doivent savoir que le XXIème siècle se
décidera avec vous, c'està-dire avec le monde de la recherche et de l’université. En 1993, j’ai eu l’honneur de conduire le ministère aujourd’hui dirigé par Valérie Pécresse (…) Je garde de tout cela un souvenir fort. (…)
J’ai été saisi par la vitalité d’une communauté scientifique et universitaire qui ne cherche qu’à donner le meilleur d’elle-même. Et j’ai été convaincu que l’avenir de la France se jouait là. Dans la foulée d’une élection présidentielle qui est appelée à imprimer du mouvement à notre pays, j’ai décidé de venir très vite au devant de cette communauté que vous représentez parce que je crois que ce sont les forces de l’intelligence qui susciteront et alimenteront une croissance économique et sociale que nous souhaitons plus forte, plus durable, plus éthique. Je suis profondément résolu à aller de l’avant dans le pacte pour la recherche. Lequel doit sceller trois grandes priorités fondamentales à mes yeux. D’abord, créer dans nos laboratoires les conditions de l’exercice de la science au meilleur niveau pour faire de nos performances des performances mondialement reconnues et enviées. Ensuite, traduire ces performances dans un lien organique avec le monde économique et social pour nourrir durablement la prospérité de notre pays. Enfin, assurer une très large diffusion de la culture scientifique et technique. (…) Cette "université de demain" ne sera, ni le modèle que nous connaissons aujourd’hui dont chacun reconnaît les déficiences, ni un modèle "emprunté" qui serait rejeté dès lors qu’il ne prendrait pas appui sur notre tradition et sur notre histoire.
(…) Le problème de la France c’est que l’enseignement supérieur n’a jamais été suffisamment doté. Mais le défi est que l’effort à accomplir soit véritablement un investissement productif. L’autre problème de la France, ce n’est pas, comme je l’entends trop souvent dire, qu’il y a trop d’étudiants : il n’y en a pas assez !
(…) L’enseignement supérieur c’est évidemment aussi l’organisation de ses établissements. En l’espèce, le problème tient à l’étendue du champ des compétences dévolues aux établissements. Pour certains, il est trop vaste ; pour d’autres, trop limité. Mais les comparaisons internationales conduisent clairement à penser que l’avenir verra à coup sûr les établissements dotés de compétences considérablement élargies. Nous n’avons pas suffisamment préparé cet avenir-là. Depuis 1984 et la loi Savary, nous n’avons réalisé aucun changement capable de prendre en compte les évolutions de notre temps. Le cadre juridique n’a pas bougé et il explique bien des déconvenues, mais sur le terrain les universités, elles, ont bougé. Des initiatives ont été prises pour contourner les carcans bureaucratiques. Les esprits, eux aussi, ont évolué. Le temps est donc venu d’engager les réformes nécessaires à la nouvelle donne. C’est pourquoi, avec Valérie Pécresse, nous légiférerons dès cet été.
Nous allons créer, dès maintenant, les conditions d’un renforcement de l’autonomie et donc de la responsabilité des établissements. Il convient de permettre à ceux-ci de s’inscrire dans une logique de performance où la réflexion sur la qualité même de la performance devient en soi un acte de responsabilité. Ici, se pose naturellement le problème de leur gouvernance.
Plus les établissements sont libres, plus ils développent leur logique propre et plus il apparaît difficile pour l’Etat de les "diriger". Comment, dès lors, conduire une politique nationale de l’enseignement supérieur ? Sauf à trouver gloire à l’inutilité de son action, l’Etat doit forger une politique nationale. (…)
Aussi faut-il faire simple et tendre à l’efficacité en confiant aux établissements la capacité de répartir les moyens qui leur sont alloués en fonction des objectifs dont ils ont la charge au nom du pays. En incitant les acteurs les plus concernés à s’engager dans une organisation qui reconnaît la diversité des compétences, des environnements, des objectifs et des ambitions, le renouvellement de la gouvernance s’en trouvera renforcé. C’est donc favoriser "une meilleure division du travail" pour répondre aux enjeux de la compétition internationale comme aux enjeux de développement national, régional ou encore local et cela sans altérer aucunement l’identité de chacun de nos établissements publics mais bien au contraire en leur permettant de valoriser leurs qualités et stratégies propres.
(…) Ce sont les modes d’organisation et de réponses qui deviennent contingents aux problèmes à résoudre et non l’inverse comme le porte en soi les "initiatives imposées". Aussi ne s’agit-il en aucune manière pour les établissements de revêtir la tunique de Nessus.
L’agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur, autorité indépendante inscrite dans la loi sur la recherche, apparaît, dans ce contexte, décisive pour stimuler l’initiative des établissements comme pour transformer l’action de l’Etat. Il faut aujourd’hui franchir un pas majeur et mettre en oeuvre une évaluation de la performance sanctionnée par la production d’un profil d’efficacité en fonction des objectifs fixés et des résultats attendus selon les domaines considérés.
(…)
Madame la présidente,
Mesdames et Messieurs,
La France a besoin de faire de la connaissance, de sa production, de sa diffusion et de sa transformation la matière première de son développement, de son rayonnement et le ferment de son ambition collective. Seuls les faits nous jugent et de cela nous sommes et serons donc solidairement comptables aux yeux des générations futures.